lundi 14 janvier 2013

Musique 2, les 5 albums de janvier 2013

Si t'en re-veux, y'en re-n'a !

Voici les 5 albums de janvier 2013. Une année qui promet puisque j'entends bien vous conseiller 60 albums, donc. C'est parti :

Janvier 2013


SHE WANTS REVENGE
She wants revenge
2006
03h00 AM. Dans Los Angeles, une Lincoln Continental noire roule à travers les avenues désertées, croisant ici et là quelques véhicules perdus dans l'immensité urbaine. Sans nul doute, le conducteur écoute She Wants Revenge. Comment pourrait-il faire autrement ? 
Le duo aux commandes de cette galette electro-rock connait son affaire et délivre une succession de hits aux ambiances vraiment typées: une voix caverneuse et sombre à la Ian Curtis, une batterie électronique syncopée, des sons de guitare qui résonnent et se perdent dans une obscurité ouatée... Chaque titre est une étape de plus dans cette odyssée urbaine, où le lever du jour semble loin. Leur second album sera dans la même lignée, le troisième va incorporer quelques variétés qui font perdre, selon moi, de la puissance à leurs morceaux. Mais nous n'en sommes pas là, avec ce premier album, coup d'essai, coup de maître. Les deux cocos viennent des clubs où ils pratiquaient le DJisme. Ils savent construire des morceaux, indéniablement et maîtrisent avec autant d'aplomb les parties électroniques que l'écriture plus rock proprement dite. Certes, cette dernière est très fortement marquée par Joy Division. Il serait difficile de le nier. Cependant, She Wants Revenge ne fait pas que singer le modèle, il se l'approprie, y ajoute sa sauce électro, dynamite certaines particularités de Joy Division, devenues des codes pour les groupes les plus passionnés par cette formation fondatrice, alterne titres ambiant et morceaux énervés avec brio sans se soucier de rester dans les pas de ses illustres prédécesseurs. 
Quand le CD se termine, on n'a qu'une envie, poursuivre la bal(l)ade, quitte à tourner en boucle. Ce qui arriva à ce disque, dans ma platine, des mois durant. 


DENGUE FEVER
Escape from Dragon House
2007
Des Californiens qui découvrent la pop cambodgienne pré-Khmers rouges à l'occasion d'un voyage, en tombent amoureux et se mettent en tête de se trouver une chanteuse pour enregistrer des titres dans cette veine, une jeune chanteuse originaire de ce pays, justement, qui animait des karaokés dans la communauté cambodgienne de Little Phnom Penh... 
Mélangez tout ça et vous obtenez probablement un des meilleurs groupes de rock de la décennie. 
Oui, vraiment. 
Alliant mélodies inspirées de la musique populaire cambodgienne et approche plus rock, mélangeant les styles pour mieux se créer sa propre identité musicale, Dengue Fever est responsable de quatre superbes albums. Celui-ci est le deuxième et délivre une succession de titres proprement hallucinants, portés par la voix unique de Chhom Nimol et l'orgue farfisa d'Ethan Holtzman. Les morceaux sont volontairement teintés d'une certaine patine rétro sans que cela ne soit qu'une vaine posture notamment car ils intègrent une dimension psychédélique totalement maîtrisée. Ils sont rudement efficaces. Le chant en cambodgien y apporte une originalité et une fraîcheur bienvenue. D'ailleurs, les esthètes immortels ne s'y trompent pas car ce bon vieux vampire de Louisiane, Bill Compton, écoute Dengue Fever (et Yat-Kha, mais j'y reviendrais, probablement) dans un des épisodes de True Blood. Restez dans le coup car si même un vampire de 175 ans sait que c'est top d'écouter Dengue Fever, c'est que, franchement, passer à côté de ces pépites serait une erreur. 


TIN MACHINE
tin machine II
1991
Ok, la vie, pour moi, s'est arrêté ce 8 janvier. Et elle reprendra qu'en mars, à la sortie de The Next Day, prochain album de David Bowie et premier depuis 10 ans. En attendant, je pourrais évoquer Low, mon album favori du maître, parler de Heathen ou encore de Earthlings, évoquer Ziggy Stardust et même Young Americans... 
Oui, tout ça. Mais après tout, sans me l'interdire pour la suite, j'ai plutôt envie d'aller défricher du côté des albums moins connus de notre Anglais favori. 
Tin Machine, c'est la formation que Bowie a créé avec les frères Sales (c'est leur nom, hein, pas un jugement sur leur hygiène) et Reeve Gabrels, un guitariste qui va suivre longtemps the fine white jack stardust sane. 
Tin machine, c'est d'abord un premier album éponyme, très pêchu, très rock. Après, oui, y'a des réserves, que je me permets de formuler. Bowie est ici plus suiveur que précurseur. l'époque de la clairvoyance de la trilogie berlinoise n'est plus de mise et là, l'artiste se raccorde aux wagons du renouveau rock du début des 90's, popularisé notamment par le grunge. A la traîne, le David ? Nan, quand même pas, ce serait faire fi de son talent pour s'approprier les styles, les modes et les genres. La formation de David B. n'est pas aussi furieuse que ceux qui l'inspirent mais le rock délivré est cependant propre et constitue un retour en force d'un artiste qui a traversé les 80's avec difficulté. 
Sur ce deuxième album, on est toujours dans la même ligne, un rock solide, éclairé notamment par Gabrels et son jeu de guitare, que personnellement, j'apprécie (et préfère à Earl Slick, un autre compagnon de l'artiste), un Bowie impliqué, à défaut d'être totalement passionné, à la voix claire et puissante. Les différents titres ont une sonorité caractéristique de l'époque mais n'ont pas mal vieilli pour autant.
Cependant, là où cet album vaut vraiment le coup, selon moi, c'est avec ses morceaux plus ambiant, comme le sublissime (oui n'ayons pas peur de l'emphase) You Belong In RockN'Roll, où tout s'accorde pour délivrer un titre extrêmement fort qui illumine l'album et vaudrait presque à lui tout seul le fait de posséder l'album. Presque, par le reste vaut aussi le fait d'y jeter une oreille. Clairement, il ne faut pas se ruiner pour cet album (ça tombe bien, il n'est pas cher). Passer à côté serait cependant dommage.


MARILYN MANSON
Born Villain
2012
2012. 16 ans ont passé depuis Antichrist Superstar, sorti en 1996. L'explosion Marilyn Manson, un album putrescent, furieux, malsain et génial. 
8ème album du révérend  ce Born Villain a été produit par une maison de disques indépendante après les ventes de plus en plus mauvaises de Manson.
Le croque-mitaine américain est cependant toujours là. Il a perdu de sa superbe, est carrément moins médiatisé, enchaîne les prestations scéniques totalement merdiques mais est toujours là, contrairement à beaucoup de formations typiques du rock industriel des années 90. 
Est-ce un bien ? Avec le portrait que je viens d'en faire, on pourrait croire que non. Et pourtant... 
Est-ce que ce gars a encore quelque chose à dire d'intéressant ? 
Oui. Clairement. 
L'artiste est toujours là. Et cet album le prouve. Sans forcément s'orienter totalement dans l'inconnu (Manson fait encore du Manson), Born Villain contient cependant sa dose d'expérimentations qui en font un album intéressant. Quittant les sentiers stéréotypés du rock industriel martial qui sont une de ses marques de fabriques, Manson a fait pencher le son de ce disque ver de l'electro rock travaillé, aux sonorités présentées sous un angle nouveau. Même si on retrouve toujours les petits samples, le style et les ambiances que l'on connait. Les titres sont construits avec audace, déstructurés, tournent un moment, s'arrêtent, repartent, il y a là une manière d'aborder la musique originale pour MM.
Manson s'est laissé enfermé dans son personnage, pris au piège dans la peau d'un alter-ego sans pouvoir/vouloir/avoir le courage de s'en débarrasser (comme David Bowie a tué Ziggy par exemple). Il prend ici quelques timides risques (l'oxymore est voulu). On sent l'artiste qui a envie de dire des choses, qui pourrait en être capable mais dont les oripeaux ( qui jadis, lui permirent de se sublimer) sont à présent trop étroits (et je ne fais pas allusion à sa prise de poids) pour le laisser s'exprimer pleinement.
Cependant, Marilyn reste un artiste intéressant, pro et passionné. Ce disque en est la preuve. Toujours au taquet pour construire des ambiances rock malsaines, aborder des thèmes sombres et produire des textes intéressants,  Marilyn Manson en profite pour s'assagir et explorer des titres plus lents, plus capiteux, aux constructions alambiquées, empreints d'une écriture et d'une production élégantes. Il avait déjà tenté le coup sur d'autres albums (je pense notamment à Eat Me, Drink Me), il persiste dans cette direction. Et c'est tant mieux. Evolution, renaissance, tout ça... 


IGGY POP
new values
1979
J'ai gardé le meilleur pour la fin. Rien moins que le meilleur album du pape du punk. Sur cet album, il n'y a rien à jeter. Assez méconnu dans la discographie de l'iguane, éclipsé par ses  - brillantes - productions avec David Bowie, new values vaut pourtant assurément le détour. Et même mieux que ça, il vaut carrément le fait de s'y arrêter un moment. Un long moment, le temps d'apprécier le travail fait sur cet album. 
Iggy Pop a su, dans cet album, capitaliser sur tout le travail fait avec Bowie. Mais sans être catalysé par ce dernier, il s'exprime ici de manière beaucoup plus personnelle. C'est moins léché, plus brouillon mais le disque garde quand même l'influence sophistiquée des collaborations de l'artiste. 
C'est un album travaillé mais donc aussi un peu brut, traversé de fulgurances punks sans pour autant chercher à singer les groupes des jeunes Anglais qui foutent le bordel et bousculent les papys du rock à cette époque. Il bénéficie des dernières envolées guitaristiques délirantes de James Williamson (qui partira ensuite bidouiller des boutons et travailler chez Sony). Des décharges métalliques grinçantes qui viennent bousculer les mélodies froides et sophistiquées et le chant possédé d'Iggy Pop comme pour mieux s'y associer. 
Urbain, nocturne, furieux, plein d'ironie, cet album est un pur chef d'oeuvre. 
Je l'ai découvert sur le tard. Ce fut même le dernier album de mon intégrale. Quelle claque, mes amis ! 
Je n'en suis pas encore totalement revenu. Iggy Pop fera par la suite de très bons albums, des moins bons (mais quand même bons, faut pas déconner, on parle d'Iggy Pop), des expérimentations plus ou moins heureuses. Mais là, ce new values, c'est incontestablement l'un des sommets de sa carrière. Bowie a son Low. On a coutume d'y accoler The Idiot pour l'Iguane. Pour moi, c'est une erreur. La place est prise par new values


L'ombre de Bowie plane sur cette sélection, forcément. Rendez-vous le mois prochain pour les cinq galettes de février 2013.
Et en attendant, bonne écoute !

2 commentaires:

  1. j'aime bien ces critiques qui me permettent de découvrir des trucs , merci :)

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  2. Mais de rien, n'hésite pas ensuite à venir dire ce que tu en penses ! :)

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