lundi 7 janvier 2013

Laissez vous bercer par cette sérénade...

Jean Luc Boutel est un érudit. 
Un vrai. Une sorte de C3PO qui, en lieu et place des langues extra-terrestres, a emmagasiné environ 6 millions d'ouvrages et de romans traitant du fantastique et de la science-fiction (et en moins doré). 

Pour avoir une bonne idée de la sapience du monsieur, Savanturier en chef, vous pouvez allez faire un petit tour sur son site, Sur l'autre face du monde
Enfin, un petit tour, vous serez vite happé par les articles, tous plus passionnants les uns que les autres, pour peu que vous soyez un mordu de cette science-fiction un peu sépia, que certains qualifieraient de surannée (mais ça voudrait immanquablement dire que ces "certains" seraient incapables d'en voir la formidable inventivité). Ses billets sont consacrés à ces odes à l'imagination débridée conditionnée sous la forme de romans et nouvelles populaires, certains oubliés, d'autres bien connus. 
Jean Luc alimente son site sans faillir, nullement effrayé par la tâche, en vaillant soldat du souvenir de notre patrimoine littéraire un peu occulté par la littérature classique de l'époque et même parfois oubliée par certains des plus grands spécialistes de la science-fiction française. Le Merveilleux-scientifique a trouvé là son éclaireur et l'un de ses archéologues les plus passionnés (avec Serge Lehman). 

J'ai découvert son site, à l'époque un blog, fourni, encyclopédique, lors de mes recherches sur l'encyclopédie de la Brigade Chimérique. Depuis, je me rend régulièrement sur l'autre face du monde, afin d'en apprendre plus encore sur ces auteurs qui ne se sont jamais refusé les grands moyens pour faire rêver leurs lecteurs. 

Grâce au Carnoplaste, Jean Luc prend la plume pour nous raconter sa propre histoire de merveilleux-scientifique. En partant de la base constituée par la superbe illustration de Marc Caro (oui, oui, le Caro de Caro & Jeunet, celui-là même qui incarnait la facette un peu sombre du duo), Jean-Luc a bâti un récit qui se passe dans les années 1920. Il s'agit de Sérénade Sélénite, un fascicule disponible donc chez le Carnoplaste.

Un vaisseau se crash sur la Terre. Des énergumènes étranges, lunaires, s'en échappent. Des Sélénites ? Probable. En tout cas, ils ne se gênent pas pour se débarrasser d'un témoin embarrassant, le (mal nommé?) Julien Bonnefortune. Heureusement un savant un peu fou veille. Et Méliès aussi, qui se retrouve vite à faire la rencontre de sa vie... Et si tous les E.T. n'étaient pas à jeter dans le même sac ? La vengeance est-elle aveugle ? Qui sont ces meurtriers horribles et sadiques qui terrorisent la ville ? Et quelle est cette intrigante ombre qui bondit de toits en toits, la nuit, à Paris ?
Agitez le tout, saupoudrez au dessus de la campagne française et de Paris, ajoutez un peu de mystère souterrain et une dose, idéale, de gore (miam), et vous obtenez là un fascicule brillant, dynamique. Un récit au charme des publications de l'époque mais au traitement plus moderne, plus rythmé peut-être, qui va vous entraîner dans les péripéties d'une galerie de personnages aussi attachants qu'étranges. Sérénade Sélénite se dévore, avec application. 
Chaque nom, chaque lieu recèle un secret, un clin d'oeil à celui qui aime le merveilleux-scientifique. Mais attention, ces clins d'oeil ne sont en aucun cas des private jokes que le lecteur se doit de connaître pour apprécier l'histoire. On peut aisément passer à côté et profiter quand même du show. Je suis certain d'en avoir raté. Seulement, c'est un petit détail de plus.

Jean Luc retrace avec brio l'ambiance des salons mondains et culturels de l'époque durant lesquels se croisaient des personnalités (historiques, pour certaines) de tous les horizons et on se croit, un temps, l'invité privilégié de ces groupes, à écouter ce qui se discute, confortablement installé dans un fauteuil rembourré, un cigare à une main, un verre de brandy dans l'autre. 
Mais quand ça bouge, ça ne rigole pas. Du sang, de la violence, une action débridée, aussi soudaine que brève, vient dynamiter l'apparente quiétude qui règne, proposant ainsi plusieurs épisodes endiablés. 

Comment ça se finit ? Je vous laisse vous procurer le fascicule (pour mémoire, il s'agit d'un court roman: en poche, il ferait environ 170 pages) pour en découvrir la fin mais en tout cas, cette fin-là a un goût de reviens-y...

Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est qu'il y ait une suite à cette rencontre du troisième type ! 
Georges Méliès, le facétieux cinéaste et homme de théâtre, un des personnages emblématiques de cette histoire

EDIT: retrouvez une interview de l'auteur, faite par Léo Lallot, sur son site A peu pré-apocalyptique, ici-même.


Article écrit sur fond de Liebe Ist Für Alle Da, de Rammstein. Un magistral 6ème album des Teutons métalliques.

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