mercredi 19 décembre 2012

Musique 1, les 5 albums de décembre 2012

C'était frustrant de simplement évoquer les musiques qui berçaient l'écriture de ces billets et votre serviteur s'est surpris à trois reprises à quatre reprises à causer musique: un article sur les groupes qui mélangeaient musique traditionnelle et pop-rock, un article sur la surf-music, un article sur le stoner rock et un article sur le maestro John Cale. 

Ces billets font partie de mes articles les plus lus. Je vous remercie de prêter attention aux divagations de mon oreille errante. Et dès à présent, je vous propose de retrouver, chaque mois, cinq albums que je conseille. 

Quelques précisions:

- Il s'agit d'albums que je possède, écoute et connais. Je ne vais pas parler du truc que je viens juste de recevoir et dont je n'ai écouté qu'une partie ou d'un truc écouté sur le net ou qu'on m'a conseillé et dont j'ai vu une vidéo sur youtube. Non, ici, c'est old school, c'est du CD et du vinyle.
- Il n'y a pas forcément de lien avec l'actualité, certains peuvent venir juste de sortir, d'autres non.
- Pas de thématique entre les cinq, juste cinq albums que j'apprécie. Cinq albums divers et variés (même si ce sera surtout du rock, je pense, mais bon, j'ai un peu de tout, de la BOF, de l'indus, du métal, de la pop, de l'electro et je ne vais pas m'interdire d'aller voir du côté du blues ou du jazz éventuellement)
- Pas de lien pour aller les acheter ou pour écouter, internet est notre ami à tous et il est aisé d'aller à la recherche de morceaux si on a les références. 
- Je ne me prétends pas la référence en la matière donc je vais causer rapidement du groupe, de l'album et de pourquoi j'aime bien cet album. Mes chroniques sont des petits billets, pas des thèses de spécialiste musicologue des Inrocks (qui, de plus en plus pro, chroniquent des concerts où ils ne vont pas...). Je peux me gourer, dire une connerie. J'essaie de me documenter mais je ne vais pas croiser mes sources pour être sûr de... Je viens surtout conseiller des disques et pas donner de l'info sur le groupe.
- La plupart de ces albums sont faciles à trouver, je ne vais pas me la péter en présentant des collectors introuvables. Sauf que je ne m'interdis pas d'évoquer cependant quelques albums plus difficiles à trouver.
- N'hésitez pas, bien évidemment, à venir en discuter par le biais des commentaires. A suggérer des albums voisins, des trucs que vous pensez que c'est mieux, à me dire que je me goure, que j'ai mauvais goût... Je ne censurerais que les messages vraiment insultants, agressifs ou hautains (et même ceux qui ont le tiercé dans l'ordre mais ça m'étonnerait que de telles personnes viennent poster, nous sommes entre gens de bonne compagnie, ici).

- Un libellé a été crée, il sera unique. En gros, il y aura la rubrique "Les cinq albums du mois" et le reste, afin d'isoler cette série de billets des autres pour faciliter la recherche de tel ou tel album. Ce libellé est dispo sur le bandeau du côté droit, juste en dessous de la ludographie.

Voilà, j'espère vous donner envie de vous intéresser aux galettes que je vais présenter.


Décembre 2012


DER BLUTHARSCH AND THE INFINITE CHURCH OF THE LEADING HAND
The end of the beginning
2012
 Der Blutharsch et moi, c'est une histoire d'amour. Ou presque. D'ailleurs, je les appelle par leur petit nom, car "the infinite church of the leading hand" est un rajout au nom du groupe quand celui-ci est parti explorer de nouveaux horizons musicaux. 

Je passe rapidement sur les polémiques liées aux attitudes floues et ambiguës du monsieur vis à vis de régimes de sinistre mémoire. L'oeuvre de Julius vaut assurément mieux que la provocation (habile diront certains, débile diront d'autres) sur laquelle il joue, posture hasardeuse dont il semble de plus en plus se lasser, et c'est tant mieux.

A la base, DB est le groupe d'Albin Julius, l'homme derrière le projet. Ancien membre de The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud (oui, les noms à rallonge semblent lui plaire), une formation explorant une sorte d'indus médiéval sombre. Der Blutharsch, c'est de la neo-folk à tendance martiale, des titres tristes et remplis de batterie militaire, de discours des années 20 ou 30, de samples de dialogues de films. DB, ce sont les sonorités de ces années où se profile, sombre, la menace et la fin de ce qui était bon. C'est l'automne avant l'hiver totalitaire. C'est la bande originale absolue de WarsaW, mon jeu de rôle à moi que j'ai écrit avec Willy Favre. Et c'est sur cette musique que j'ai écrit, tout du long, ou presque. 

Et puis Albin Julius a eu envie de se plonger de plus en plus dans le rock, et en particulier dans le cosmic-rock. L'évolution est flagrante, notamment depuis Flying High, une ode à la défonce chimique empreinte des tâtonnements rock exploratoire de l'Autrichien le plus talentueux depuis Brüno. Ici, on est en plein dedans. The end of the beginning ne cherche plus à coller aux codes du cosmic rock comme il a pu le faire sur les précédents albums (qui sont très bons, hein, ce n'est pas un souci de respecter les codes, pour moi), il est la synthèse habile entre l'univers sombre, froid de Julius et la musique rock enivrante et oppressante d'un psychic rock plutôt synonyme de bad trip que de voyage spirituel hippie. Ce disque, c'est un peu le pendant noir et flippant des délires psychotropés de Nebula, mon groupe de stoner favori. 
Avec de très bons invités dont Lina Baby Doll de Deutsch Nepal, dont je vous parlerai assurément par la suite.

"Caution: for maximum listening pleasure, listen only when chemically imbalanced !" suggère la très belle pochette. Personnellement, j'éviterais de chasser le dragon avec cet album en fond sonore de peur de m'engluer dans une odyssée sans retour pour finir noyé mentalement sous un tas de feuilles mortes au fin fond d'une forêt bavaroise.


THE ORGAN
Grab that gun
2004
Cinq filles canadiennes qui décident de se la jouer cold wave et nous proposent un album bourré jusqu'à la gueule de titres à la fois mélancoliques et danseurs, c'est Grab that gun, unique LP d'un groupe étoile filante qui s'est séparé deux ans plus tard. 

Le lien avec le groupe mancunien bien connu est assumé, jusqu'à cette pochette, version brune de ce qui aurait pu être le design d'un hypothétique album de Joy Division

C'est donc de la cold wave mais elle s'enrichit d'une sensibilité toute féminine qui apporte aussi une touche plus légère, moins pesante et par là-même plus dynamique, d'où le côté dansant. C'est probablement cliché de dire ça mais ce sont mes impressions à l'écoute de ces mélodies accrocheuses  et glacées. Il n'y pas que la tristesse, le désespoir et la claustrophobie, il y a aussi quelques lumières qui clignotent, ici et là, enrichissant la palette sonore de l'univers de The Organ de quelques timides reflets qui apportent une certaine vitalité à l'ensemble et en font un groupe à la patte caractéristique. Assurément The Organ a son identité sonore et la formation a su, selon moi, se faire une place dans la déferlante new cold wave qui s'est produite au début des années 2000. Une place trop vite abandonnée par la séparation du groupe. Frustrant, brillant, délicat. Féminin, donc.


TALKING HEADS
77
1977
Talking Heads, un gros morceau pour un premier billet. J'ai découvert ce groupe par le biais de son excellent live de 1984, Stop Making Sense
Que dire sinon, que la formation new-yorkaise, conduite par le britannique David Byrne a été une des premières à inclure dans le rock ces sons typiquement caraïbéens et africains, qu'ils ont eu un succès fou dans les clubs punk sans pour autant faire vrombir leurs guitares et éructer leur chanteur. Que leur son continue d'influencer encore aujourd'hui des groupes comme Vampire Weekend et son très bon Contra, en 2010. 

Sorti en 1977, l'album 77 est le point de départ des expérimentations sonores d'un groupe qui n'hésite pas à mélanger les influences, à croiser les effluves, à piocher ici et là ce qui leur plaît avec cette attitude de groupe artie composé d'étudiants érudits et passionnés. Brian Eno, le sorcier, qui vient de terminer son boulot avec David Bowie et sa trilogie berlinoise (Bowie, qu'ont du écouter les membres du groupe car je pense qu'il y a là une réelle filiation), viendra les rejoindre par la suite pour les encourager plus encore dans leurs délires réfléchis. Délires réfléchis, pour Talking Heads, ce n'est pas un oxymore mais bel et bien ce qui caractérise le groupe. On sent sur les titres de cet album autant de réflexion que d'envie de bousculer les codes établis. Et c'est peut-être en cela que ce groupe de pop-rock s'est autant fait apprécier de la scène punk.

Sur ce disque, les titres sont tous ciselés, des tubes en puissance, à la production fine, aux rythmes syncopés mais harmonieux portés par des sonorités exotiques, des pépites qui foutent la patate et dont on ne se lasse pas. Des morceaux portés par la voix si particulière de David Byrne, classios en diable en chef d'orchestre fou ou en tueur en série francophone qui nous raconte ses errances.


LOU REED
Ecstasy
2000
Avec cet album, Lou Reed touche à ce qui, pour moi, tient de son apogée moderne. Il l'a dit lui-même sur plusieurs interviews suite à la sortie de l'album précédent, le déjà très bon Set The Twilight Reeling, de 1996, il estimait avoir trouvé son graal, son son parfait. De fait, l'essai de l'album précédent est transformé avec cet album aussi généreux que riche où le Lou continue sa promenade dans New York, une randonnée urbaine qui alterne chansons aux guitares grasses et si caractéristiques de ces deux albums et titres plus intimistes où Mme Reed en personne (l'artiste expérimentale Laurie Anderson) vient poser son violon. Sans parler du monument velvetien et metal-machine-musiquien (mais en version audible) qu'est Like a Possum et ses 18 minutes de lourdeur métallique, étape sombre au possible dans les pérégrinations de ce poète urbain. Sa guitare au son favori, des cuivres, du violon, sa voix toujours si caractéristique et son sprechgesang (ou spoken word) qui font merveille sur les morceaux à la langueur hypnotique.

Par la suite, Lou Reed va sortir The Raven, un concept album moins maîtrisé et moins homogène que cette pépite qu'est Ecstasy. Puis un disque de musique de méditation, puis un album avec Metallica. Il convient donc, pour ceux qui auraient perdu l'artiste en route (on peut les comprendre mais c'est aussi tout l'art de Reed de dérouter et de faire chier ses fans tout en se foutant bien de ce qu'on peut dire sur lui), de se focaliser sur les deux albums évoqués, avec au milieu le Perfect Night in London, pour les plus gourmands. Dans la carrière de Lou Reed, ces trois galettes sont le rocher par lequel agripper la légende, versant moderne. Et il sera vraiment dommage de se priver de cette ascension. C'est sans danger, sauf peut-être pour le moral, si on se décide à découvrir la prose souvent pessimiste de Lou Reed.  


DANGER MOUSE & SPARKLEHORSE
Dark Night of The Soul
2010
A écouter de nuit, avec un verre d'alcool fort à la main, ce disque délivre sa suite de morceaux urbains, noirs, aux mélodies soignées. Une belle brochette d'invités vient enrichir le travail du duo, comprenant, entre autre: Julian Casablancas, Black Francis, Iggy Pop, Suzanne Vega, Jason Lytle (Grandaddy), Vic Chesnutt et David Lynch (qui réalise les visuels, la couv et les superbes clichés du livret et chante sur deux chansons, dans un style très proche de son dernier album, dont je vais parler sous peu).

Ce disque est sorti en CD qu'après un long conflit avec la maison de disques, posthume pour Mark Linkous (Sparklehorse) et Vic Chesnutt. Deux tragiques destins, assurément. Le disque est dédié à leur mémoire.

Evidemment, avec Danger Mouse, comme on pouvait s'y attendre, les textures sonores sont à l'avenant et chaque titre est travaillé avec soin, possédant son grain caractéristique, agissant comme la signature du morceau. Ce qui parfois peut sembler de prime abord une couche sonore envahissante s'avère, au bout de plusieurs écoutes, un procédé qui, et c'est ça qui est assez marquant, rend le morceau unique, donc, mais tout en s'attachant à conférer une belle homogénéité à l'ensemble. Un double effet kiss-cool auditif, en somme.
En sa compagnie et celle de Sparklehorse, musiciens et chanteurs viennent oeuvrer à la réalisation d'un album original et aux ambiances plutôt variées. Chaque invité a participé à l'écriture du morceau où il intervient, ce qui fait qu'on se retrouve en terrain presque connu. Presque car évidemment, le duo n'hésite pas à venir trifouiller, détourner, s'amuser avec l'univers de chaque guest. Parfois expérimental, parfois culotté mais toujours maîtrisé, cet album ne ressemble à aucun autre et fait penser à une sorte de soirée concert totalement déjantée où toute une cohorte d'artistes barrés viendrait pousser la chansonnette alors que dehors, la nuit est tombée depuis plusieurs jours mais que ça n'inquiète personne car il reste encore de l'alcool à descendre et des morceaux à monter. 



Rendez-vous en janvier pour les cinq prochains albums. 



3 commentaires:

  1. Ah cool! La qualité de Lou Reed et des Talking Heads parle d'elle-même (pareil pour le talentueux florilège de Dark night...), mais c'est un vrai plaisir de voir The Organ dans ta liste, c'était effectivement très bien, en live aussi!

    RépondreSupprimer
  2. Un sacré disque, que j'ai écouté tout un été, en boucle, comme une BOF de mes vacances. Et une formation que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir en live. Mais clairement, cela devait être un bon moment !
    Pourquoi diable ont-elles tué le groupe !! :(

    RépondreSupprimer
  3. J'ai écouté quelques titres de The Organ, je suis plutôt client de new wave hihi, j'avoue un faible pour le titre dansant Brother. Merci pour cette découverte.

    RépondreSupprimer